=> moonman : manipulators (2003)
=> moonman : necessary alibis (2006)
=> moonman : letters to the dearest (2006)
=> delphine dora : confusion of myself (2006)
=> dana hilliot and his friends : misfit (2006)
=> the century of aeroplanes : two children moving in opposite directions (2006)
=> cornflakes heroes : off with your heads! (2006)
=> action dead mouse : pets and nerds attack planet earth (2007)
=> delphine dora and the unexpected : we're all of this (2007)
moonman : manipulators (2003)
Avec l'album Manipulators, Moonman s'impose comme un musicien
à surveiller de près : sa musique est une sorte
de geiser électronique et acoustique de toute
beauté mêlant sonorités
synthétiques froides et incandescentes, guitares lumineuses
et rythmes hypnotiques up ou downtempo, le tout
réhaussé du chant mélodieux de Moonman.
Treize morceaux variés et cohérents à
la fois, d'égale qualité : relevons
l'obsédant Kill and Shine et son clin d'oeil à A
Silver Mont Zion (premier album) sur quelques notes ou encore Look
through the Flash Kaleidoscope While You're Building a Rainbow,
magnifique morceau instrumental survitaminé à
coup de beat épileptique et de guitares limpides.
Dans un registre plus acoustique, cet album séduit
également par la beauté de ses
mélodies, telle celle de Ruby with Wings.
Après de nombreuses écoutes le plaisir demeure
intacte et l'on ne s'étonne même plus de ce
pouvoir d'attraction qu'a Manipulators. La clef de cette
réussite ? L'émotion que procure cette musique
grâce à l'alliage harmonieux de
l'électronique et de l'acoustique sans oublier une part de
magie, évidemment.
Samples au rythmique triphop, chant envoûtant, le
décor est planté. Moonman nous amène
dans son univers avec ce 'manipulators', véritable petite
perle électro, sortie le 1er septembre 2003.
Planant au rivage d'un The Cure sous anxiolytique, cet artiste nous
transporte tout au long de ses 13 titres dans des univers sonores
variés. De la techno pure et dure, en passant par la pop
acoustique, cet artiste ne se fixe aucune barrière, aucune
limite. Variant les rythmiques et les sonorités, Moonman
parvient même à nous surprendre dans chacune de
ses chansons. Pour preuve, écoutez 'critical anxiety' balade
electro envoûtante, ou bien encore 'Ruby with wings'
magnifique chanson acoustique sobre et complexe à la fois.
Il n'y a rien de plus à ajouter que de vous conseiller de
vous procurer cet album.
"Manipulators" inaugure le bal des sorties chez Greed recordings.
Moonman est le projet d'un seul homme multi-instrumentiste et curieux
de musiques variées. La variété est
d'ailleurs ce qui séduit sur ce gallop d'essai, car Moonman
se plait à prendre constamment son auditeur à
contre pied. "Kill and Shine" est une balade électro sexy et
lascive alors que "Look through the flash kaleidoscope"
mélange guitares répétitives et beats
épileptiques. La pièce centrale de cet album
reste sans conteste "Ruby with wings", et démontre que
Moonman est tout aussi à l'aise avec les mélodies
boisées. Imaginez Lou Barlow période 91-92 avec
les guitares lo-fi en moins... Le spectre d'un Sonic Youth
apaisé et poppy plane sur l'impeccable "Serengeti". " The
illiterate " joue sur la corde sensible avec son orgue doucement
mélancolique. Au delà des comparaisons d'usage,
il faut souligner la véritable identité sonore de
ce "manipulators" qui trouve un juste milieu entre influences et
construction d'une identité artistique. Il y a d'abord la
voix particulière du bonhomme capable de transmettre les
émotions sans sombrer dans le pathos- fait rare pour le
souligner. Il y a ensuite l'art du compromis entre écriture
traditionnelle et modernité. Mission accomplie pour ce
premier album. A suivre...
Moonman doit être un perfectionniste. Environ 6-7 ans
après ses débuts musicaux, sort enfin ce premier
véritable album pressé, après pas loin
d'une cinquantaine de références, depuis les
premières K7 pop-folk, des best-of, des projets
parallèles (The Emphasis, Dragonfly), des lives et une
première démo de cet album sortie il y a un an.
Toute ses expériences lui ont permis de créer et
peaufiner un style personnel sur une somme d'influences aussi
variées que Neil Young, Bjork ou Jim O'Rourke.
Dire que l'on a été séduit par le
premier titre de cet album serait un compliment bien retenu. Le terme
le plus juste serait bluffé. On s'attendait à une
petite démo réalisée par un amateur
dans son coin, et nous voici avec ce morceau non seulement
techniquement parfaitement maîtrisé,
mêlant pop soyeuse et efficace (superbe chant, voix
magnifique, mélodie accrocheuse, guitares
aériennes) et savantes expérimentations
électroniques (décollage rythmique, superposition
de voix tronquées et feutrées). Si l'on
était producteur d'une grosse maison de disque on se serait
dit "Ouh là... on tient un gros truc là !!". Mais
on est passé au morceau suivant et puis on s'est dit qu'il
faudrait écouter tout ça au calme et dans de
bonnes conditions.
Sur le deuxième morceau des effets un peu abruptes mais pas
gênant sur la stéréo surprennent. Quant
à la voix, elle est toujours aussi douce et surprend encore
quand Moonman crée une rupture en montant dans les aigus.
Des breaks électro-noise au milieu de cette chanson pop
mélancolique confirment un artiste hors norme.
Peut-être est-ce l'effet de surprise qui s'amoindrit, mais la
suite, bien que toujours intéressante et efficace,
paraît moins originale. Disons que la suite est plus
basée sur le duo guitare-voix, avec comme souvent un son
d'orgue en guise d'accompagnement. Les arrangements sont toujours
soignés, les guitares claires et harmonieuses, parfois
l'auteur se pose et nous offre une ballade
désenchantée (Ruby with Wings) se
décide à utiliser des guitares plus rock (The
Distress of Delight), ou étale un titre sur près
de 10mn en intégrant chanson pop et clavier
rétro, post-rock avec sample de dialogue puis rythmique
saturée, et final en finger picking et boucle de batterie.
Mais même sur ces chansons pop Moonman parvient sans cesse
à attirer l'attention par quelques effets de style bien
sentis : guitares répétitives façon
Steve Reich sur Look Through the Flash Kaleidoscope..., programmation
rythmique influencé par l'electronica sur le final de Fast
Blast et Disconnected, un filtre atypique sur la batterie de Fix, ou
encore un magnifique traitement de la voix sur Deliberate Me
(…)
Fabrice Allard
(…) Des morceaux électroniques teintés
de pop mélancolique chantés par une voix
étrange, emplis de jolies mélodies tristes. Le
disque à de quoi emballer à bien des
égards avec un vrai talent de composition et un sens de la
mélodie certain (…)
Les textures sonores privilégient une ambiance
posée. Même si les rythmiques s'emballent et que
le ton monte. On est vite happé dans l'engrenage de cette
électro-pop au pouvoir ensorceleur, comme l'illustrent les
lignes mélodiques de "Serengeti" ou "The illiterate". "Look
through the flash kaléidoscope…" est
sûrement le titre le plus fascinant de ce disque : une intro
speedée qui se développe et parvient à
tenir en haleine. "Ruby with wings" est un petit bijou
éloquent joué à la guitare avec un
timbre mélancolique dans la voix. "Fast blast" palpite dans
tous les sens avec les échos des voix et la rythmique
épileptique. Moonman donne une empreinte
électronique à des compositions qui semblent
nées d'une mélodie toute simple à la
guitare folk. Jolie métamorphose.
Magazine & webzine " longueur d'ondes " - février /
mars 2004
Musique hybride à géométrie variable
et complexe, " l'homme de la lune " est un projet soliste à
dominante électro-pop, inspiré par 40 ans de pop
internationale et 5 ans de French Touch. Mais Moonman c'est aussi des
chansons à la trame parfois très folk acoustique
(Ruby with wings), des bidouillages très tripant flirtant
avec l'expérimental … Moonman rappelle parfois
Depeche Mode, parfois Radiohead, avec un son incroyable, une voix
à la fois chaleureuse et hypnotique très anglaise
(Critical Anxiety).
J'ai oublié de vous préciser tellement on a
tendance à ne pas s'en rendre compte, Moonman est un pur
produit français à 100%, originaire de l'Oise
pour être précis, mais dont les voyages ont
tellement métissé sa musique originelle, qu'elle
en est devenue universelle et intemporelle.
Sorti sur son propre label Greed Recordings Company Ltd à
seulement 500 exemplaires, Moonman attend patiemment qu'ils soient
épuisés pour donner une suite à cet
étonnant premier jet ! Moonman atteste avec ce Manipulators
d'un potentiel à devenir un phénomène
planétaire.
Autoprod du mois - mars 2004
Moonman créé un trip-hop envoûtant et
inclassable à la limite des frontières du
réel. D'une balade électronique bluffante comme
Critical Anxiety à cette composition acoustique simple comme
Ruby With Wings je suis transporté par cette sensation
bizarre de survoler en l'espace de treize morceaux, les
années cold wave mélancoliques et sombres sans
pour autant vouloir tomber dans un cliché facile. Cette
musique envoute et me laisse sans voix... quand le sublime est atteint
mieux vaut se taire (…)
A l'intérieur du livret de ce disque de Moonman, une phrase
stipule que pour apprécier pleinement la musique il est
conseillé de se munir d'un casque, comme pour mieux s'isoler
de son entourage. Ce conseil sonne comme un avertissement : nous sommes
ici dans le domaine de l'intime, l'univers de Moonman, pseudo d'une
seule personne. En effet, celui-ci fait tout : il produit, compose,
joue, chante, enregistre et mixe le tout ! Un tour de force,
même si nous sommes en présence d'un autoproduit,
domaine de la débrouille.
Moonman créé un univers assez
neurasthénique, oppressant. Ses chansons sont construites
autour d'un même postulat : un charpente de beats
électro, des sons étranges, des guitares
sinueuses et une voix (en anglais) omniprésente. Les titres
même de certaines chansons sont au diapason,
énigmatiques, à l'instar de ce " The Dark side of
static evolution ". Tout est d'abord une question d'ambiance, Moonman
prenant soin d'assembler progressivement ces
éléments pour en dévoiler la finesse.
C'est d'ailleurs quand il étire les parties instrumentales
que le talent est le plus manifeste. On trouve plein de
références à associer à
tout ceci. Disons que l'on pourrait y entendre un Pinback
angoissé ou un Blonde Redhead moins sonique. (…)
Première sortie du label indépendant Greed
Recordings Company Ltd, Manipulators est un joyau d'électro
pop-rock. Les mélodies sont à la fois simples et
riches. Elles pourraient être jouées seul
à la guitare acoustique. Moonman est justement un projet
soliste, mais qui fait appel à l'électronique
pour créer son propre orchestre imaginaire, afin de
densifier sa musique sans perdre de sa fraîcheur et en
gardant l'émotion et la fragilité de ses
chansons.
L'un des particularismes de Moonman, c'est aussi sa voix (il chante en
anglais) à la limite de la perdition, du dérapage
à l'instar de Will Oldham, ce qui la rend touchante.
Moonman est la rencontre entre la scène arty new-yorkaise
(Sonic Youth, Blonde Redhead) et l'électronica d'Autechre ou
Boards Of Canada, avec une base folk.
On espère que cet homme là décrochera
bientôt la lune
MOONMAN se réclame de BJÖRK, CAT POWER et
RADIOHEAD. On a toujours peur pour un artiste lorsqu'il affiche de
telles influences : la comparaison peut être destructrice, le
ridicule n'est jamais loin. L'appréhension se dissipe
dès la première écoute de ce
très bel album solo. MOONMAN construit son propre univers en
franchissant les frontières des genres. Ces treize titres
surprennent par leur maturité, leur richesse et leur
beauté.
http://www.interdits.net
(...)Cet album
de Moonman deviendra très vite une deuxième peau,
un t-shirt humide et collant qui à la fois
rafraîchit mais vous colle dessus. On restera admiratif face
à la simple complexité de ce disque, lui
préférant certes des disques plus abordables
directement sur le moment, mais lui donnant le statut de station de
vacances un brin sadique, vers laquelle on passera des vacances quand
les productions annexes pourfendront la simplicité mais
feront de la nouveauté un nouvel état de
stagnation. On foule la lune comme une terre connue, l'esprit moins
lourd de l'appréhension avec la certitude de ne jamais
remettre à demain ce que l'on peut faire même
à contrecœur. Ce qui heureusement n'a jamais
été le cas de cette chronique. Moonman est
à suivre.
moonman : necessary alibis (2006)
Les « Necessary Alibis » de Moonman constituent son deuxième album après « Manipulators » - 2003 qui était teinté d’electronica. Cette fois, l’invitation au voyage est tout autre puisque la pochette appelle au dépaysement, direction le Far West au moment même où l’heure du duel a sonné…Quel duel ? Eh bien simplement, le duel entre une pop-rock classieuse tirée vers la lumière « Careless Cigarette Burn » ou « Mascara Glitch » et un post-rock plus triste et forcément plus sombre qui tend l’atmosphère « Self-made man » ou « Victim of your own device » avec son parler-chanter à l’ambition hypnotique… effet garanti.
Mais heureusement, quand la tension est à son comble, Moonman nous balance un morceau à la mélodie imparable et à la tonalité plutôt gaie même si son titre proclame « Everything is kind of grey »… Vous l’aurez compris, Moonman, c’est l’as du dosage qui sait aussi faire surfer sur les courbes de l’oscilloscope… Après un slow mélancolique « Female Democracy » à l’actualité débordante, il nous signera, en effet, un titre de rock puissant et énergique, aux confins du brûlot expérimental « Lipstick Rebel »… On vous laissera découvrir seuls la teneur des derniers morceaux dont le surprenant « Team of secret rivals » en 4 parties…
Ouest Terne.
Un artwork de fin du monde. Un soleil couchant. Une jeune femme aguicheuse. Un vaisseau spatial. Deux hommes. Un duel façon Sergio Leone.
Quatorze bastos en plein cœur. Necessary Alibis est de ses albums qui fonctionnent immédiatement. Dès la première écoute, l’auditeur est happé par un univers pop anglo saxon addictif. Toujours au bord du gouffre, la tension est palpable. Les vieux démons de Sonic Youth ne sont jamais bien loin. Sur le fil du rasoir, des titres comme Mascara And Glitch tiennent en haleine de bout en bout. Les lignes de guitare assassinent les bandits qui s’aventurent dans les terres du Moonman, un être hybride et crépusculaire.
Lipstick Rebel et ses mélodies façon règlement de compte à OK Corral, nous met la corde au cou. Le nœud se resserre, la rupture est proche. Bande-son d’une apocalypse proche où la mélancolie d’une voix fragile broie tout sursis espéré, la dynamique est imparable. Au centre du gunfight, l’auditeur mort la poussière. L’harmonica - Smother- fait souffler sur le sable un vent de panique.
Le décor est posé, les plus valeureux se rueront sur ces nouvelles expériences sonores. Point de place pour les poltrons, on les pendra haut et court. Indispensable.
Venu de nulle part et atterissant presque par hasard sur nos platines [ merci Greed Records au passage !! ], Moonman fait partie de ces trop rares formations à faire passer un message avant tout par la musique, que par l'image. Car c'est sans artifice que la pop rock noisy de cette formation, arrive à nous captiver par son énergie et par l'aspect trop mathématique des mélodies, qui si elles ne sont pas des plus faciles à retenir, arrivent tout de même à nous retenir et à nous provoquer, comme "Careless cigarette burn", "Mascara And Glitch" qui évoque tout le panache de ce disque est enfin "Team Of Secret Rivals" divisé en 4 actes jouissif !!! Au final, si la pochette n'en dit pas long sur le contenu du disque, ce "Necessary Alibis" reste une agréable surprise de taille, qui nous fait penser que la France regorge de très bons musiciens, capables de créer une musique cérébrale complexe et émotive. Le tout enrobé par une production comme il faut: ni trop propre, ni trop sale, qui donne par ses imperfections cette petite touche lo-fi. A déguster sans modératon.
Si Moonman s’est imposé, depuis 2003, comme un artiste français particulièrement inventif, rappelons rapidement les grandes lignes de son CV, déjà bien garni, à ceux qui n’ont pas encore eu l’occasion de croiser sa route. Homme-orchestre, Moonman est avant tout musicien et compositeur - on lui doit à ce jour un premier album, Manipulators, et une compilation Letters to the Dearest. Il gère également son propre label, Greed Recordings, par lequel il distribue l’album qui attire notre attention aujourd’hui, Nessecary Alibis, mais également les productions de ses collègues Cornflakes Heroes.
Passionné de guitare et des potentialités sonores, sinon plastiques, de cet instrument, Moonman est également l’auteur d’une trilogie remarquée, celle des Pièces pour Guitares Préparées, aux frontières du post-rock et de la musique expérimentale. Distorsion, répétion, sampling, filtres divers : telles étaient les manipulations que Moonman imposait à son instrument de prédilection, révélant ainsi une musique hautement affective, d’où suintait par instants une colère rentrée. Car Moonman, tout comme Slint ou Windsor For The Derby avant lui, a décelé dans cet instrument, si caractéristique du rock, les prémisses de son dépassement.
La fascination américaine est toujours présente sur ce deuxième album, avec, cette fois-ci, une admiration non dissumulée pour les groupes à guitares, notamment celles de Lou Barlow ou David Pajo à leurs débuts. Le son général de cet album se veut plus abrasif, plus concis, là ou Letters to the Dearest prenait le parti d’une musique acoustique. Necessary Alibis renoue en effet avec l’immédiateté du rock, sans pour autant se laisser berner par les facilités du genre. “Necessary Alibis” s’écoute comme un inédit d’un Slint qui revendiquerait une prétention pop. Même guitare métallique aux arpèges alambiqués, même batterie feutrée, même art de la composition à tiroirs, Moonman se démarque cependant par un chant qui monte volontiers dans les aigus. Il nous épargne aussi le déluge de guitares assourdissantes souvent de rigueur dans le monde du post-rock, grâce à une progression maîtrisée. Le renvoi à Slint comme référence séminale du genre ponctue l’album, par notes plus ou moins discrètes : “Victim of Your Own Device” se présente ainsi comme le complément, forcément anachronique, de “Nosferatu Man” du groupe de Louisville.
“Careless Cigarette Burn” impose un rythme plus soutenu, avec un vrai refrain haut-perché, rappelant en filigrane Doug Martsch. “Mascara and Glitch” emboîte le pas, en délivrant un rock nerveux et carré. Le chant s’efface pendant un temps, laissant place à un set de guitares imposantes, bientôt adoucies par l’intervention de cuivres. Seules quelques accalmies acoustiques viennent tempérer cette énergie électrique qui iradie l’ensemble de l’album : Moonman opte alors pour des arpèges et un chant de haut-vol, sublimés par quelques nappes de cordes (“Female Demography”) ou par les harmonies tout en rondeur d’un clavier (“Self Made Man”). Une fois seulement, il passe en mode acoustique, pour une réminissence très réussie du précédent Letters to the Dearest (“Smother”), teintée d’harmonica.
Néanmoins, et comme pour mieux réaffirmer le parti pris de l’électricité, ces plages plus calmes sont immédiatement suivies de brûlots rock où des guitares martèlent des thèmes acérés, comme sur l’énergique “Lipstick Rebel”, qui évoque l’univers de Blonde Redhead.
En artiste intègre, sinon intégral, Moonman pousse jusqu’à son paroxysme ce même parti pris avec le final “Team of Secret Rivals”, véritable album dans l’album avec ses quatre parties enchaînées. Toujours en bon disciple de Slint, il expérimente avec ce morceau les différentes textures de la guitare électrique : arpèges nerveux ou plus dociles (Part. 1), nappes bruitistes esquissant un rock atmosphérique (Part. 2), accords métalliques et répétitifs ou brouillage aléatoire (Part. 3). Cette quadrilogie déconcertante s’achève sur un finale particulièrement complexe, renforcé par la collaboration de son camarade Lunt, qui pousse dans ses derniers retranchements la dimension expérimentale du projet. Majoritairement instrumental, à l’exception de voix samplées et de la partie chantée de “Part. 3” - et son clin d’oeil à ... Supertramp ! - “Team of Secret Rivals” dévoile une facette plus inventive, plus radicale aussi de l’univers de Moonman. Un univers contrasté, forcément passionnant, auquel Necessary Alibis confère une profondeur supplémentaire.
Une fois n’est pas coutume, commençons
cette chronique par un mea-culpa. Un énorme mea-culpa. Voire
même plus. Explication : Il y a de cela quelques mois, un
courrier de Greed Recordings informe votre serviteur de la sortie du
nouvel album de Moonman et y joint une copie de l’album. La
pochette a de la gueule avec son style bédé et
ses tons orangés, la rapide biographie plutôt bien
écrite donne envie. Et puis, contre toute attente, le disque
finit par atterrir sur la pile des disques « à
chroniquer ». Et rapidement, ce sont d’autres
albums qui viennent s’empiler sur ce Necessary Alibis qui se
fait rapidement oublier sans même avoir
été écouté (!). Un comble.
Les mois passent, 2006 tire sa
révérence, 2007 se présente
à la porte et, avec elle, son lot de résolutions,
dont celle de « chroniquer vite et mieux ». Et le
disque refait surface. Et finit par arriver dans les oreilles de
l’auteur de ses lignes. Qui prend à ce moment
là un uppercut en pleine pommette. Une fracture nette de
l’œil droit comme disait l’autre.
Ce disque est un petit chef
d’œuvre. Ni plus ni moins. Et au risque de
chagriner les esprits chafouins, ce qualificatif a
été choisi tout sauf à la
légère.
Mooman donc. Et un deuxième album pour
cet Amiénois, après un premier essai electro-pop
en 2003 (voir par ailleurs). Ici changement de registre : on passe
à un indie-rock des plus efficaces qui soit. Les guitares et
la basse sonnent clairement, la batterie est juste évidente.
Quant à la voix, même si on se rend vite compte
que notre homme est français avec ce non-accent qui nous est
cher, elle n’est pas du tout gênante. Et la
production, soignée là aussi, est assez subtile
et permet de ne pas se focaliser sur celle-ci.
Naviguant entre Sebadoh (periode Harmacy), Blonde
Redhead (les premiers albums du groupe sont ici une
référence évidente) et même
Sonic Youth – ce, aussi bien dans leurs albums les plus
« pop » (ou les moins rock) que dans leurs passages
les plus déstructurés et bruitistes (la
quadrilogie impressionnante de Team of Secret Rivals en est
l’exemple parfait), Necessary Alibis aligne les
mélodies entêtantes et les riffs
mémorables, que Moonman réhausse parfois
d’un cuivre ou de quelques cordes du meilleur effet.
Même si ce disque aurait du avoir les
honneurs d’une chronique dans ces pages bien plus
tôt, on se réjouira avant tout de la
découverte d’un tel album, même sur le
tard. Ainsi que de tenir, pour une fois, ses résolutions du
nouvel an.
Ce deuxième album de Moonman est une
claque monstrueuse. Une preuve que l’indie-rock de
qualité et qui sonne juste n’est pas que
l’apanage des anglo-saxons. Et qu’en France, il
existe des alternatives à un rock français, qui
n’arrive pas à se dépêtrer de
l’ombre toujours omniprésente de Noir
Désir.
Olivier Combes
Après deux albums qui envisageaient des pistes folk et électronica, celui-ci resserre le propos dans une optique rock indé. Dans ce rayon, il y a encore mille ouvertures possibles, preuves à l'appui : noise, shoegaze, pop, post-punk. Les variations surprennent, puis obsèdent, se nourrissant même entre elles. On est au milieu d'un joli terroir équilibré où fourmillent des guitares transcendantes (notamment dans la pièce finale déclinée en quatre parties...). L'ensemble s'articule autour d'une instrumentation riche qui ne fait que conforter le bon goût du maître d'œuvre. Ce disque à la fois mystérieux et proche, torturé et libéré, offre une profondeur de champ très grande. L'imagination peut vagabonder, Moonman s'amuse et l'auditeur décortique à l'infini.
Les Inrockuptibles (numero 573 - 21 / 27 Novembre 2006)

Avec Necessary Alibis, Moonman
s’éloigne de ses débuts (Manipulators)
en signant un album plus pop et taillé pour la
scène. À cette occasion,
il s’est entouré de plusieurs musiciens donnant
à ce disque plus de
profondeur au niveau des instruments et des arrangements.
Au programme, des pop-songs nerveuses type Pavement
ou Sebadoh (Careless Cigarette
Burn), qui parfois flirtent avec le post-rock (Mascara
and Glitch), la folk (Self-Made Man ou
la ballade Female Democracy avec son cello). Le
morceau qui résume à merveille tout cela est Everything
is Kind Of Grey : les guitares noisy et distordues
agrémentées d’un glockenspiel en font
le meilleur. Le dernier morceau, Team of Secret Rivals,
est une autre belle surprise. Il se compose de 4 parties instrumentales
: la première est brute tandis que les autres se rapprochent
de la
musique contemporaine d’un Jim
O’Rourke. Moonman nous avait
déjà habitué à cet
environnement passionnant avec ses Pièces pour
guitare préparée que vous pouvez
gratuitement télécharger sur le site de son label.
Après cela, vous n’avez aucun alibi pour ne pas
vous procurer ses albums.
Tout comme Immune
et May Fly,
artiste faisant son apparition dans nos colonnes depuis sa
participation remarquée à Nuisance sonore,
Moonman mérite en effet qu'une page lui
soit consacrée ici. Avec cet album, l'artiste tend
à se faire passer pour un touche-à-tout, loin de
sembler ridicule.
Si Moonman est l'auteur et l'interprète
des parties de guitares (électriques et acoustiques) et du
chant, cela fait de lui la tête pensante de la formation mais
il ne faut pas oublier de citer les différentes personnes
venues lui prêter main forte. Que ce soit
Sébastien Gest à la batterie, Duncan Roberts
à la basse, harmonica et batterie, Gilles Deles pour
quelques passages de guitare ou Julia Schindel au violon, tous
participent à l'élaboration d'un univers
particulier, celui tissé par Moonman.
Les 4 dernières pistes composant "Team of secret rivals"
sont à part et mériteraient qu'un article leur
soit dédié. Puisque cette dernière
demi-heure expérimentale est une confrontation de guitares,
où l'on retrouve son complice Gilles Deles (Lunt)
faisant face à Moonman avec pour
paroles, un poème de Patrick Porter conté par Sandra.
"Team of secret rivals" alterne formats classiques "couplets/refrain"
avec ambiances post-rock, guitares délitées et
déchirées à la clef, non sans rappeler
les Pièces pour guitare
préparée, Sonic Youth
ou Boris,
surtout lors de la quatrième partie ("The bloom of an
unexpected explosion").
Ayant découvert le groupe via "Bunch of liars", je ne peux
cacher que les premières écoutes de Neccessary
alibis m'ont quelques peu
dérouté. Si le titre livré sur Nuisance sonore
est féerique, subtil en tout point, assez loin de standards,
il n'en est pas de même pour d'autres titres. Mais quelques
rotations plus tard dans le lecteur, et me voilà
acclimaté avec cet album remarquable.
Moonman, le bonhomme, est tentaculaire. Nous prenant par la main pour
faire voyager sur des tronçons d'autoroute pop pas si
linéaire qu'ils en ont l'air ("Careless cigarette burn"),
bifurquant sur des sorties folk ("Self-made man") vraiment
entraînantes ou se laissant aller en roue libre ("Victim of
your own device"), Moonman n'oublie pas de
s'arrêter à une station-acoustique ("Smother")
pour faire le plein d'énergie avant de s'enflammer pour
"Mascara and glitch" ou "Lipstick rebel", pimentés de
mouvements rock, à la jointure de Sebadoh,
Placebo
et Blonde Redhead.
Si, tout comme la production, l'écriture est
soignée et néanmoins originale bien
qu'hétéroclite, personnellement j'aurais
amputé le disque de titres plutôt
"normalisés" comme "Everyhting is kind of grey", " Careless
cigarette burn" ou les aurais remplacé par des morceaux plus
orientés vers "Bunch of liars" et "Smother".
Mise à part cette petite remarque (très)
personnelle et relative à mes
préférences musicales plutôt
qu'à la qualité évidente de l'ensemble
de Necessary
alibis, il ne reste plus qu'à
vous dire qu'il est inutile de prendre Moonman pour
un extra-terrestre mais il est plus futé de
s'intéresser à sa discographie !
On avait quitté Moonman en des terres plutôt
intimes et minimalistes,
"Manipulator" faisant la part belle aux guitares accoustiques et aux
arrangements électro inquiétants. Son second
opus, "Necessary Alibis" a
changé de voie, et sonne plus électrique et
distordue, en trouvant son
inspiration dans les constructions complexes de Sonic Youth,
période
Jim O’Rourke, ou encore de Television.
Deux ans après « Manipulators », Moonman revient avec un nouvel opus moins électronique et plus pop que son prédécesseur. « Necessary Alibis » mélange les styles et les genres tel une mécanique bien huilée. Les instruments et les rythmes se superposent pour construire un tout qui bien que parfois chargé n’en demeure pas moins accessible et efficace. Cette accumulation de sonorités donne à « Necessary Alibis » une puissance naturelle qui laisse présager les meilleurs auspices pour la scène. Sans jamais céder à la tentation de la facilité les titres s’enchaînent pour ne pas se ressembler à l’image du très pop « Careless Cigarette Burn » et du très groovy « Victim Of Your Own Device ». L’album s’achève sur une quadrilogie tantôt survitaminée, tantôt hypnotique. Une très bonne surprise …
Sortie intéressante de l’album « Necessary Alibis » de Moonman sur le label Greed Recording qui s’apprête à commercialiser le plus qu’excellent premier CD des Cornflakes Heroes. Moonman serait moins un groupe qu’un musicien caché derrière ce pseudo - et plutôt prolifique dans le genre puisqu’il a déjà plusieurs albums à son actif : Manipulators, Pièces pour guitares Préparées dans des veines assez expérimentales. Sur ce troisième allbum, Mooman, outre qu’il compose, joue toutes les parties de guitare et assure le chant. Mais il est également assisté par un bassiste et un batteur, ainsi que par d’autres intervenants (harmonica, violoncelle...) - et, à la console par les efficaces Duncan Robert (Dictafone...) et Gilles Deles (Half Asleep, Melatonine, Lunt...) - d’où le "and the unlikely orchestra". L’album est bizarrement addictif. L’effet agit en plusieurs étapes. Subtilement, chaque audition apporte sa récolte de découvertes mélodiques. Etrangement l’écoute me fait penser à Calc ou Pull, enfin un de ces magnifique groupes bordelais, mais aussi à des groupes comme Pinback. C’est résolument direct, électrique, sans électronique - paradoxalement un disque de groupe. Un peu sur le même schéma que Navet Confit - seul sur CD, à 6 sur scène ! Parmi mes préférées : « Everything Is Kind Of Grey » et « Mascara and Glitch », sans oublier « Careless Cigarette Burn », pour les plus tubesques, sont des tueries point de vue mélodies catchy, guitares directes et incisives. Le plus excité « Lipstick Rebel » lorgne un peu vers Blonde Redhead, pour continuer dans les parentés classieuses. L’album se termine par une suite de 4 morceaux réunis comme s’il s’agissait d’un EP post rock rajouté en super bonus. Intéressant aussi et qui sans doute fait office de lien avec la discographie passée - à moins que ça ne soit que la préfiguration de la suite. Laissez-vous tenter, vous écouterez un album assez intemporel, valeur refuge d’une discothèque quand les skeuds à la mode du moment seront devenus inécoutables.
Après un premier album à dominante folk, doté de touches discrètes d’électronica et à l’esprit « défricheur », puis une trilogie basée sur l’expérimentation en matière de guitares (Il semblerait que Sonic Youth ne soit jamais très éloigné dans les productions de ce musicien touche à tout et talentueux, et ce pour le meilleur bien sur), Moonman sort ce troisième disque qui, lui, lorgne plus du côté de l’indie-rock folk et noisy des années 90, avec des groupes comme…Sonic Youth justement, et Sebadoh. Cet album fait suite à de nombreux concerts donnés en compagnie de groupes reconnus (dont Zita Swoon, ce qui est assez représentatif de l’esprit développé par Moonman) et sonne donc, on l’aura compris, assez « live ». De surcroît, son esprit « fouilleur » et aventureux lui donne un côté très personnel et savamment décalé fort appréciable. Si l’on reconnaît le penchant noisy des premiers et ses ambiances sombres, de même que le côté lo-fi du second, et pour en revenir au premier, une tendance assez poussée à l’ « essai », le résultat est individuel, divers, et surtout, d’une qualité inespérée. Moonman propose des climats changeants et toujours prenants, sur une musique la plupart du temps faussement tranquille et qui, en certaines occasions, part dans des petits embardées rock bienvenues. Et sur le dernier morceau de ce disque, Moonman nous offre un « Team of secret rivals » en quatre parties, rejoignant dans l’esprit, et aussi dans la forme, le Sonic Youth de « Daydream nation » et son « Trilogy » composé lui de trois parties. Un formidable trip musical , certes exigeant mais magiquement bruitiste tout en offrant, au détour de ces plages noisy, de superbes accalmies plus « lumineuses » et une variété de climats captivante et saisissante. Sur ces quatre pièces bien distinctes, l’auditeur a le privilège de voir couler entre ses oreilles toute une décennie de rock indé américain. Superbe conclusion, donc, d’un disque audacieux et 100% Moonman.
Mais revenons aux dix titres qui précédent. Ca débute par « Necessary alibis », un titre assez serein, à la fois folk et rock, doté de guitares légères mais bien présentes, au chant obsédant. Clarté et désabus font ici plus que bon ménage et les guitares ont le bon goût de hausser légèrement le rythme sur la fin du morceau, ce qui au total nous donne un titre introductif magique et avenant. Arrive ensuite un morceau alerte, à la fois fonceur et léger, mélodique et bruitiste, « Careless cigarette burn », qui montre bien à quel point notre artiste a le don de doser les climats et de les faire se télescoper, ou cohabiter, avec maestria. « Mascara and glitch » qui suit, lui aussi enlevé et orné de guitares toujours aussi plaisantes, privilégie l’option rock mais en offrant, c’est de coutume avec Moonman, des humeurs changeantes et une instrumentation enrichie par la présence d’instruments moins caractéristiques de la sphère rock. Ce qui fait que la diversité, ici, est autant dans les morceaux que dans la trame sonore élaborée sur chacun d’entre eux, à l’image, donc, de la suite et de ce disque unique. Nerveusement folk sur « Self-made man », presque ...hip-hop dans les voix sur le superbe et obscur « Victim of your own device » qui rappellerait presque un Diabologum ou un Experience s’il n’était si personnel et inétiquetable, Moonman se permet toutes les audaces et retombe immanquablement sur ses pieds. Sur la seconde de ces deux chansons, une voix narrative vient affronter des guitares très loquaces et l’alliage des deux donne un titre profond et obsédant, énième grande réussite de cet opus décidément bien plus que prometteur. Et partout ailleurs, le talent, la richesse dans les idées et dans les arrangements sont de mises, tant et si bien que si l’on voulait décrire cet album de la façon la plus accomplie qui soit, il faudrait passer chaque titre en revue. Mais au lieu de cela, je me contenterai d’évoquer la sérénité et la majesté des cordes de « Female democracy », le rock débridé de « Lipstick rebel », l’harmonica de « Smother » sur fond d’acoustique (ce titre évoque le meilleur de New Model Army, c’est dire...), et ce « Bunch of liars » qui, à l’image de son auteur, marie adroitement bruit et mélodie, douceur et rage contenue. Un album magnifique, dont on n’a pas fini de découvrir les richesses, et qui se dévoile un peu plus à chaque écoute. Superbe.
D'après ce qu'on trouve en se renseignant un peu sur Moonman, un Français dont le coeur est outre-Atlantique, le bonhomme, créateur du label "Greed recordings", a lorgné tantôt vers une indie folk lo-fi à la Will Oldham, tantôt vers des improvisations expérimentales à la Fennesz, se réclamant d'une posture d'écoute comparable à celle des minimalistes américains ("Pièces pour guitare préparée"). Voilà qui s'avère alléchant. Pourtant, à l'écoute de cet album de pop-rock subtil quoique réellement burné, c'est bien davantage vers Sonic Youth, Mogwai (pour l'électricité et l'aspect post-rock/post-punk), ou Blonde Redhead voire Radiohead (pour l'aspect pop recherchée et la touche electro) que nous sommes ramenés. Certes, il y a des références plus honteuses, mais on ne peut pas dire non plus que Moonman ait inventé le fil à couper le beurre. Cependant, bien vite, la déception s'efface devant l'évidence : ce disque est bougrement bien composé, bien produit et bien interprété ; et l'ensemble tourne si rond qu'on en oublie le petit manque d'audace (à l'exception du final "Team of secret rivals", un post-rock noisy épique en quatre parties, qui réchauffera le coeur des fans de "Daydream nation"). Des titres comme "Mascara and glitch", "Lipstick rebel" ou "Victim of your own device" sont de petites bombes calibrées indie rock. Une escapade très réussie en des territoires familiers pour certains, mais captivants ; et de la très belle ouvrage made in France.
Souvent bien utiles, les dossiers de presse se
révèlent pourtant être une arme
à double tranchant : le name-dropping, bien souvent sous
forme de matraquage, peut tout autant donner envie de
découvrir le disque que l'on tient entre les mains que de le
faire passer directement par la case "poubelle" sans toucher vingt
mille euros (on a déjà vu un tel dossier
proclamer un "rock entre Bruce Springsteen et Sonic Youth" !). La
méfiance est donc de mise avec cet album de Moonman citant
allègrement, entre autres, Sebadoh et Sonic Youth (encore
eux)...
Fort heureusement, ces références sont
utilisées à bon escient tant le disque arrive
à imposer une certaine idée de l'indie pop-rock
à la française (non, ça n'est pas
toujours une insulte), ce que la pochette laissait d'entrée
supposer (Blueberry sur la lune ?). A vrai dire, Necessary Alibis est
à deux doigts du fourre-tout touché par la
grâce. On a d'ailleurs bien du mal à croire que
l'effort précédent de Moonman donnait dans la
pop-électro, tant les guitares semblent vouloir partir dans
tous les sens, explorer tous les styles. On passe
allègrement d'une bombe pop (Everything Is Kind Of Grey)
à un titre qu'on qualifiera faute de mieux de
post-post-rock-post-punk (Lipstick Rebel). Les influences et les genres
(seraient-ce donc ça les Necessary Alibis ?) sont ici des
simples prétextes pour se faire plaisir et en prendre plein
la tronche, dans tous les sens. Victim Of Your Own Device laisse
même entrevoir l'improbable marriage que pourraient
contracter Buck 65 et Deus.
Mais voilà que je me perds dans les travers que je
dénonçais en début de chronique... Le
plus intéressant est bien sûr de se concentrer sur
la musique en elle-même sans lui associer quoi que ce soit.
Et le moins que l'on puisse dire est que le disque tient parfaitement
la route, du faux-lent Necessary Alibis à la trilogie Team
Of Secret Rivals, véritable voyage musical (qui nous
mène en orbite sur la lune ?) accompli à l'aide
des guitares de Gilles Delès aka Lunt : du drone
à l'accord mélodico-dissonant, tout y est pendant
cette incroyable démonstration de vingt deux minutes,
agrémentée sur la fin d'enjoleuses voix
féminines.
Si on pourra tout juste émettre quelques petites
réserves sur la voix (un accent quelque peu francisant par
moment), la très favorable impression d'ensemble n'en sera
pas pour autant remise en cause, loin de là, tant Moonman
aura su nous séduire par sa diversité
enthousiaste.
Ecrire une chronique n'est pas toujours facile, on peut parfois perdre
ses repères, c'est le cas avec "Necessary alibis". Plusieurs
écoutes sont nécéssaires pour tenter
de définir un style particulier, la comparaison avec
d'autres groupes n'est pas chose simple, la 1ère chanson ne
ressemble pas à la 5ème...
Moonman, artiste français est à
l’origine de la création du label Greed Recordings
(Cornflake Heroes...). Son disque est assez particulier, il y a de
bonnes choses, d'autres que j'aime moins.
Je vais commencer par ce que j'aime c'est à dire ce
côté pop présent sur certains titres
comme le très bon "Everything is kind of grey", une pop
bancale à guitare entrecoupée de passages plus
limpides. Il en est de même avec la plage n°3
"Mascara and glitch" au rythme plus relevé un peu
à la Sebadoh ou Silver Jews et également
coupé par un passage avec de belles trompettes.
Ce que j'aime moins et qui peut déstabiliser, c'est parfois
le chant qui monte haut comme sur "Female democracy". Le chant de
Moonman varie d'un titre à l'autre, parfois grave, parfois
haut perché et ne laisse pas indifférent.
Plusieurs styles sur le disque avec par exemple un titre pop rock assez
speed en 8ème plage avant une chanson acoustique ou encore
des instru plus expérimentaux en fin de parcours un peu
à la Sonic Youth.
Après le succès de son premier album «
Manipulators », un disque teinté
d’électronica et autres
expérimentations musicales (« Pièces
pour Guitare Préparée »), Moonman vient
de commettre son second opus : « Necessary Alibis
». Ici, le cow-boy lunaire se lance dans des
enjambées post rock et folk, toutes plus ambiguëes
les unes que les autres. Onze morceaux dont une quadrilogie. Cet opus
ne manque manifestement pas d’ambition. Lunatique et toujours
en quête d’expérimentation, il nous
plonge dans un univers musical à la fois complexe,
torturé, et intense.
Moonman surprend et dérange à la fois.
D’une part, surprend l’auditeur par des insertions
raffinées à l'intérieur même
de morceaux rock. Sur "Mascara and Glitch", entre deux puissants riffs
de guitare électrique, s'interposent des cuivres, ajoutant
une dimension quasi majestueuse au morceau. D’autre part,
déconcerte, par une interprétation toujours
‘sur le fil du rasoir’, soit à la limite
de la précision (« Self made man »,
« Lipstick Rebel »), soit a contrario
d’une fragilité saisissante (« Smother
», « Bunch of Liars»). Il se
démarque également par son songwriting
recherché, abordant avec une certaine affliction des
éléments plus personnels sur "Self made man" ou
réalisant des comparaisons aussi réussies que
risquées entre la gente féminine et la politique
sur l’obsédante « Female democracy
». Il est clair que Moonman est un artiste singulier et
prolifique. Or, comme tout expérimentaliste,
l’ouverture d’esprit a toujours un revers de
médaille : ici, un certain manque de cohérence.
Ce qui, à la longue, conduit l’auditeur au choix
de la facilité, c’est-à-dire
s’attarder d’avantage sur des titres aux
sonorités plus ‘universelles’. En effet,
« Neccassary alibis »
s’achève, malgré quelques sursauts
d’intérêt, par une quadrilogie
décevante. Celle-ci résulte plus du patchwork de
bruits, d’interférences aux consonances post-rock,
agrémenté de quelques déclamations de
vers du poète Patrick Porter, que d’un
réel effort de construction mélodique. Dommage
l’idée paraissait pourtant séduisante.
En définitive, nonobstant une fin de parcours
décevante, Moonman est parvenu à faire honneur
à son pseudonyme. Faut dire que lorsque sa musique est
versatile, troublante et à multiples facettes elle est,
avouons-le, tout à fait captivante.
Non
contents d'avoir eu l'excellentissime idée de signer les -
forcément - excellents Cornflakes
Heroes, le label Greed
Recordings vient de livrer sa dernière
sortie, Moonman, et démontre par la
même un flair apparemment infaillible pour
dénicher des formations à la
sensibilité et au sens de la mélodie
aiguisés. (...) Des compositions pop à la fois
feutrées, denses et inventives. On tombe d'emblée
sous le charme du morceau d'ouverture, Necessary Alibis,
grâce à son rythme entraînant et
fortement cognitif. Le reste de l'album est dans l'ensemble assez
homogène, et confère à ce Necessary
Alibis une âme véritable, une
sincérité touchante et une construction musicale
résolument ouverte (Victim of Your Own Device
et Lipstick Rebel - preuve que Moonman
sait aussi livrer des rythmes plus poussés, plus rapides
mais toujours aussi bien pensés - sont là pour le
prouver).
Sans être forcément épatant, ce second
opus de Moonman se révèle
après plusieurs écoutes relativement riche, et
reflète une envie créatrice puissante. Bien que
loin d'être parfait, Necessary Alibis est
un album vrai comme on en entend de moins en moins. De quoi donner
envie de suivre Moonman sur son chemin, et de
prêter une attention plus qu'attentive à Greed
Recordings. Bonne continuation messieurs !
Personnage versatile que ce Moonman puisque, plus d’une heure
durant, le bonhomme va s’essayer à
d’innombrables styles, témoignant ainsi
d’une ouverture d’esprit que l’on
apprécie tout particulièrement à
Metalorgie. Le voilà donc auteur d’un second
effort, Necessary Alibis, à la fois riche,
déconcertant, et définitivement
éclectique. Il y en aura pour tous les
goûts…
Onze pistes, dont une dernière scindée en quatre
parties et qui récapitule à elle-seule les
orientations musicales, pour le moins disparates, de son auteur
compositeur Michel. Durant les 28 minutes de "Team of Secret Rivals",
Moonman fait cohabiter drone oppressant et shoegaze lyrique, ou bien
encore, à la manière de Jordan, rock
indé' fragile et post punk débridé.
Une proximité que l’on retrouve
également dans leur grain de voix, comme cela avait
été le cas entre les Parisiens et feu-This is the
Girl. L’interprétation tente alors, et ce
malgré certaines approximations linguistiques, de
correspondre au mieux à chacune des quatorze
atmosphères de ce Necessary Alibis. Hypnotique sur
l’inquiétante "Victim of Your Own Device",
fédératrice sur la lumineuse "Everything is Kind
of Grey", éthérée et
empoignée par l’harmonica de Duncan Roberts sur
l’Archivienne "Smother", ou enfin empruntant la
détresse d’Engine Down et le tranchant des riffs
de Tang sur "Lipstick Rebel". Par ailleurs, à
l’image de ce chant, les compositions de Moonman se parent
bien évidemment de nombreux arrangements fonction des
ambiances désirées : violoncelle de Julia
Schindel ("Female Democracy"), envolées post rock
("Necessary Alibys"), cuivres lunatiques ("Mascara and Glitch") et
autres chœurs enfantins ("Bunch of Liars") etc etc. Le tout
au service d’une musique résolument
diversifiée, mais à la production tout de
même perfectible.
Large répertoire en définitive, piochant
également aussi bien chez Sonic Youth, que chez les Blonde
Redhead de l’ami Muxy. Voilà de quoi donner envie
à certains de se plonger plus encore dans la discographie de
ce cowboy lunaire. Parenthèse : soulignons que le manque de
cohésion latent pourrait à contrario conduire une
partie des auditeurs à s’attarder uniquement sur
les mélodies proches de leur(s) style(s) de
prédilection.
On ne le répètera jamais assez : en
matière de musique, il se passe beaucoup de choses du
côté des labels dits indépendants, des
micro-labels et autres labels associatifs. Une preuve parmi tant
d'autres, cet album de Moonman paru il y a peu chez Greed Recordings,
soit un français qui verse dans la pop anglo-saxonne avec
panache sans se priver d'expérimentations bienvenues bien
que parfois hermétiques.
Le passif du bonhomme pouvait déjà laisser
entrevoir une volonté d'aller voir plus loin que le bout de
son nez, puisqu'on lui doit une série d'enregistrement
intitulée Pièces pour guitare
préparée, flirtant avec la musique contemporaine
et l'improvisation. Les plus défricheurs l'auront
déjà remarqué avec son premier EP,
Manipulators, paru chez le même éditeur.
Délaissant les rivages subtilement électroniques
de celui-ci, le musicien derrière cette entité
livre un album qu'il a souhaité paré pour la
scène, truffé de chansons immédiates
ou délicates. Rappelant régulièrement
le travail de Jon Frusciante (les échos et intonations de sa
voix particulièrement, comme sur le single Everything is
kind of grey), il doit sans doute beaucoup à Sonic Youth,
des impulsions électriques venant souvent rompre l'apparente
tranquillité de compositions joliment arrangées,
violoncelle et glockenspiel à l'appui (ainsi de Mascara and
glitch, grunge dans l'âme). Effectivement, la tension n'est
jamais très loin, comme sur le titre éponyme,
où des imprécations murmurées se
mêlent à de subtiles lignes de guitares
entrecroisées et gorgées de mélancolie.
Au rang des secousses, Careless cigarette burn constitue un petit hit
en puissance, dynamique et mélodiquement addictif, bien que
le chant nonchalant et renfermé soit parfois dommageable.
Même constat avec Lipstick rebel, titre le plus
véhément de l'opus, bourdonnant et vocalement
saturé. Agréablement surprenant, Victime of your
own device, bien que disposant d'un fond intellectuel a priori
rébarbatif (le texte est inspiré de critiques de
peintures expressionnistes-abstraites, c'est dire), s'impose comme une
audacieuse réussite sous forme de spoken-word hypnotique.
Capable de se débrancher (Smother, appréciable
comptine acoustique qui sent bon le western caniculaire), l'artiste ne
manque pas d'idées, quitte à se perdre en
détours avec Team of secret rivals, conclusion
risquée qui se découpe en quatre phases
façon The Mars Volta, passant d'un post-punk
emballé à un drone atmosphérique
pesant et grinçant pour conclure sur un chaos aux confins du
post-rock, mêlant à nouveau spoken word (Sandra
d'Another Record sur un texte du poète américain
Patrick Porter) et grésillements de six-cordes (dont celle
de Lunt d'Unique Records).
Après "Manipulators" et ses velléités electronica et "Letters from the dearest" et sa folk traitée en lo-fi, Moonman revient avec un troisième album, son plus ambitieux à ce jour. "Necessary alibis" marque le retour pour son auteur au rock avec un album pensé pour le live. Moonman a délaissé son côté laborantin et, s'il pratique toujours le songwriting (le texte, toujours important), enfourche sa guitare de pélerin ...euh de rockeur pour donner un album fort, riche et complexe. Le Picard d'adoption prend un malin plaisir à pratiquer des associations qui, si elles ne sont pas contre-natures, mêlent quand même des éléments musicaux n'appartenant pas au même rock. Mascara and glitch affirme fièrement l'intérêt de Moonman pour un rock américain tendu (Sebadoh, Pavement). Mais au milieu des riffs de guitares appuyées, surgissent des cuivres comme une apparition mélodique et classieuse que l'on n'aurait pas imaginer là. Cette volonté de surprendre marche aussi dans l'autre sens : Everything kind of grey s'amuse à détourner le single formaté radio avec une teneur garantie en pop sucrée en le confrontant aux vautours des guitares noises (dues à Gilles Lunt Deles). Joli exercice de style mais titre le plus anecdotique. Necessary alibis est, de toutes les manières, un album hétérogène allant de la folk céleste de Self-made man au brulôt post-punk Lipstick rebel, ce qui n'est pas étonnant pour un fan de Blonde Redhead. Le meilleur morceau s'appelle Victims of your own device, hypnotique et urbain, rythmé par une voix limite rap. 7' d'une ronde infernale qui rend justice à l'ultime formule du texte : "Emotional impact". L'album se termine par une quadrilogie (Moonman fait la nique à Sonic Youth en faisant plus que la célèbre trilogie de "Daydream Nation"). Team of secret rivals, fait d'improvisions bruitistes et d'haltes ambiantes, marque l'aboutissement à la musique de Moonman et plus généralement au rock, débarrassé de sa narration, et n'exprimant que son émotion intrinsèque, sauvage et expressionniste. Une fin évidente pour un album en forme de jeu de pistes. Passionnant.
Après un premier ep « Manipulators » (Greed recordings – 2003) pop indie teinté d'électronica, Moonman revient par un « Necessary Alibis » pop indie brillante.Moonwan a depuis travaillé son besoin viscéral d’exploration sonore avec la série des « Pièces pour guitare préparée » (Greed recordings – 2003/2005). Une « Une trilogie intrigante axée sur des motifs répétitifs et contemplatifs joués majoritairement sur guitare accordée alternativement ou en open tuning, distillant une musique improvisée et exigeante aux confluents de Steve Reich, Fennesz ou Aerial M. Ces enregistrements sont disponibles en mp3s ou en version physique sur le site du label en Creative Commons License »dixit le dossier de presse. Perso, Moonman je ne connaissais pas, mea culpa mon garçon, vraiment et très sincèrement je le regrette car étant un amoureux d’un groupe comme Pinback, je me délecte de cette pop folk indé. Moonman égrène dans ses mélodies cette magnificence naturelle, fruit d’élaboration quasi minutieuse de mélodies qui s’insèrent dans une suite alambiquée et déviante. Cette pop complexe qui de Wilco à Sebadoh a depuis choisi ses armes. Ainsi et du folk introspectif de Will Oldham jusqu’au post rock de Jim O’Rourke, Moonman applique a son indie pop d’inquiétante déstabilisation sonore. Entre les deux on voit apparaître le mélange envoûtant de Pinback et de John Frusciante par de subtils échos. Le far west musical a depuis fort longtemps ses propres chaînes de montage en carton pâte qui fabrique des hectolitres de soupe prête à consommer. C’est avec son colt que Moonman, cet astre lunaire a composé un album de pop hybride et a définitivement liquidé ces charlatans. On finit ce « Necessery Alibis » sur la quadrilogie « Team Of Secret Rivals ». Véritable antidote post-punk instrumental et poison venimeux au final apocalyptique qui oppresse par sa langueur, son essoufflement haletant. Une lutte intestine entre Moonman et Lunt (Unique records) saturée de guitares cristallines, d’effusions de larsen, sur fond de spoken word de Sandra (Another Record) sur un texte du poète américain Patrick Porter. Moonman est un artiste à retenir d’urgence, et pour ma part à puiser dans son passé musical pour y trouver des perles musicales.
Il est parfois curieux comme 2 albums, de 2 artistes
différents peuvent vous procurer le même
sentiment. Il m'est arrivé ceci en écoutant
Moonman. J'ai eu la curieuse impression de me retrouver quelques mois
en arrière lors de ma découverte de My Name Is
Nobody. Ma première réaction fut la
même : une sorte de rebus à l'écoute du
chant. Il est vrai que ce dernier dans les premières
secondes peu choquer. Il semble parfois à la limite du faux
et ce n'est qu'aprés de longues minutes que l'on se rend
compte de sa puissance envoutante. Car ici, comme pour My Name Is
Nobody, chaque chanson est un voyage apaisant. Les 11 titres
s'égrennent lentement toujours accompagnées d'une
mélodie agréable, d'un riff bien
trouvé ou d'une idée évitant l'ennui
de "la lenteur". Cette drôle de voix nous accompagne dans ce
parcours semé d'univers différents mais dont
l'écoute en entier ressort un calme et une
sérénité certaine. Un album
taillé pour être écouté sous
la couette en charmante compagnie, un dimanche pluvieux. Toutefois, on
ne peut résumer ce 11 titres à quelques
mélodies agréables et à une douceur
aparrente. Le dernier titre de l'album vaut à lui seul le
détour. Long de plusieurs minutes il se décompose
en plusieurs chapitres, chacun entrecoupé de longues
montées atmosphériques (souvent oppressantes et
graves). On est parfois dans le post punk (comme au sein du premier
chapitre), parfois dans la pop épurée. Le tout
est effectué avec une classe certaine.
Si comme moi vous appréciez la beauté d'une
musique simple, prenant le temps de vous transporter loin du stress
quotidien, sachez que Moonman est une valeur sûre. Cet album
vaut autant qu'une scéance de yoga.
Habituellement, quand on attaque la chronique d'un disque on a
déjà une idée du style auquel on va le
rattacher, pour bien expliquer aux gens de quoi il s'agit, si c'est
plutôt Beatles ou bien Metallica.
Avec Necessary alibis, c'est un peu différent, je n'ai
aucune idée de ce à quoi je pourrais faire
référence pour vous donner une idée de
ce disque. Pourquoi me demanderez vous, et je serais bien
embarrassé pour vous répondre car je ne sais pas.
Soit parce que Moonman a un style bien à lui, soit parce que
le mélange de différentes influences est
parfaitement géré et crée de fait un
style propre, soit parce que Moonman n'a pas de style. J'exclus
directement la dernière hypothèse pour la simple
raison que ce Necessary alibis est un très très
bon album. En fait je dirais que la réponse est un
mélange de la première et de la
deuxième hypothèse.
En effet, grâce à des influences
irréprochables impeccablement
digérées, les Moonman ont trouvé
désormais leur voie. Et de bien belle façon
puisque ce disque contient quelques incontournables et
entêtants morceaux comme le titre d'ouverture au refrain
imparable, ou encore de "Victim of your own device" hypnotique, sorte
de mélange entre un rock dur scandé et une
composition plus électro pop. pourtant, dans les faits, de
l'électro il n'en est que peu question sur cet album.
Guitares, basse, batterie font des merveilles et c'est un son "lourd"
qui donne à Necessary alibis son ambiance, sa Moonman's
touch. Cette touche toute particulière est d'ailleurs due en
partie à la production de Gilles Deles,
déjà croisé sur les productions de
Angil, ou encore Half Asleep.
La voix aussi a son importance, si elle peut agacer, un peu trop
retenue dans la gorge, sur certains titres elle sait s'imposer quand il
le faut comme sur ce refrain remarquablement efficace dans "Necessary
Alibis" ou encore une fois sur "Victim of your own device" qui a
décidément toute les qualités d'une
chanson faite pour durer. "Lipstick Rebel" est également un
morceau qui se démarque par des guitares très
incisives, proche du rock new yorkais un peu "sale" des Sonic Youth et
que l'on pourrait imaginer sans peine chanté par Kim Gordon.
On passera rapidement sur "Team of secret rivals", le quadriptyque
final 4 morceaux pour 1 seul titre, un peu trop arty dans le concept.
Mais on ne passera pas sur l'écoute de ces titres qui eux
aussi ont une densité proche de ce que l'on peut retrouver
du côté du post rock (notamment sur la
première partie), même si le traitement et les
arrangements n'ont pas grand rapport.
Moonman, un petit pas dans l'histoire du rock mais un grand pas pour
les heureux possesseurs de ce disque.
(...)Moonman, pour attirer, a certes baissé la garde, mais
comment s'en plaindre quand on repense aux séances de
réanimation nécessaires après les
écoutes de "Manipulators". Guitares au-devant (l'hargneux
"Mascara and Glitch"), arrangements assouplissant le propos, Moonman se
transforme de pompier en cow-boy charmeur ("Self-Made Man) pouvant
souffrir de la comparaison avec un Joseph Arthur en passe de
connaître le calme sous son crâne. En
assouplissant, en arrondissant les angles de son écriture,
Moonman prendra acte de sa nouvelle perception. Nécessaire.
moonman : letters to the dearest (2006)
Compositeur et interprète à la voix fragile, Moonman joue des chansons sombres, hantées, oniriques, mélancoliques. Les sons semi-acoustiques vacillent lentement sous le poids d'émotions intimes qui émergent à la surface, sans retenue. Ces onze titres au caractère furtif sont enrichis d'électronique, de chœurs aux échos mystérieux, de reflets organiques.
Pour cette deuxième collaboration avec le label
Greed Recordings, Moonman réalise, une
nouvelle fois, un projet de très bonne qualité
tout en conservant ses valeurs.
En effet, dans cet album de onze titres intitulé Letters
to the Dearest, on retrouve l’électro
pop rock de l’album Manipulators : un
rythme lent accompagné d’une voix
envoûtante. Ce mélange de guitares folk et
d’effets rythmiques et sonores planants à la Thee
More Shallows nous entraîne dans un univers
étrange, son univers, dans lequel on se retrouve
bercé par une voix proche de celle de Radiohead.
Bref, que du plaisir offert par Moonman
avec cet album à écouter d’urgence.
"Letters to the dearest" rassemble onze titres solidement ancrés dans une écriture pop folk, mais qui ne perdent pas une occasion de partir de traviole: guitares répétitives, rythmiques sauvagement empruntées au trip-hop, ambiances décalées, filet de voix vaguement dissonant qui s'étire.
En allant me balader sur le site de Greed Recordings j'ai pu lire au sujet de " Letters To The Dearest " que cette collection de chansons était une sucrerie. Fausse modestie, incapacité au recul, distorsion même dans le jugement ou tout simplement haine farouche des diabétiques, ce "Letters To The Dearest" a autant de la sucrerie que la discographie de Smog des chansons à boire. Seul en auto-sampling de guitares acoustiques et électriques, Moonman garde la souplesse de Necessary alibis lui adjoignant de la spontanéité et ce petit rien de fêlure qui font de ces chansons de petites perles brillantes comme au fond d'une mer d'huile. De plus en plus proche de l'univers de Joseph Arthur ("Ocean" tourne en boucle chez moi depuis des lustres), Moonman l'est aussi de plus en plus de nous, chassant cette froideur que nous pouvions ressentir (ou suis-je le seul ?) pour une proximité qui touche au raffinement. Au final on se demandera qui éclipsera l'autre de "Necessary alibis" ou "Letters To The Dearest" quand pèseront dans la balance des titres comme "Underground Design", "Rich Son Of A Bitch" ou encore "Write On Invisible Shores". Laisser vous prendre la main dans le sac.
Parlons technique et de cet oversampling qui révolutionne le
songwriting. On commence sérieusement à
connaître le principe, ces gimmicks de guitare mises en
bouclent qui s’entassent les uns après les autres
sur des rythmiques multiples. ; ces arpèges
déliés et clairs qui se détachent des
sonorités plus sourdes. Une technique, qui rend le
guitariste tout-puissant, lui permet d’assouvir ses
désirs démiurgiques et de garder toujours un pied
pour lancer une boîte à rythme. A terme,
l’habileté risque d’être prise
pour du talent. Heureusement, les artistes veillent : Arman
Méliès, Angil…mais aussi Moonman.
Déjà repéré avec
Manipulators en 2003, cet originaire de l’Oise a ce
supplément d’âme qui en fait un artiste
d’exception. Une voix fêlée (comprendre
« remplie de félures ») qui
s’exprime avec une délicatesse extrême
dès le court Naked soul without a mission, un
début d’album qui rappellera celui de Perry Blake
sur The Crying room, une entrée en matière sur le
pointe des pieds.
Moonman domine les débats par cette sensibilité
hors-normes. La musique derrière peut-être
répétitive : cette présence
chaleureuse presque soul, ainsi que la beauté sonore des
guitares nourrissent sans cesse ces mélancoliques
mélopées. Moonman tire les enseignements de Cure
(Underground design), Windsor for the derby ou de Smog. Comment ne pas
dès lors s’élever en
écoutant Better ? Se sentir emporté par le
gimmick "pinbackien" de Ocean ? Ou être ému par le
pourtant brut The rigid stars were strong ? Mais on pourrait les citer
tous. Letters ot the dearest sort sur un MP3-Label : il est
appréhendé comme un album de transition, en
attendant un nouvel opus, distribué par des voies plus
naturelles. Il n’en demeure pas moins carrément
essentiel. A l’heure des bilans, Moonman sera
considéré de tous comme une des
révélations de l’année. Pas
moins.
« Letters to the dearest » est certes pour Moonman
un album de transition, qui inaugure le concept de mp3 label chez greed
recordings, avant son « Necessary alibis » (sortie
prévue prochainement). Néanmoins, ces morceaux
sous licence CC, disponibles librement sur le site du label, permettent
justement de saisir le musicien en situation, à
découvert, plus spontané.
Le résultat, brut, est composé de morceaux
basés sur de l’auto-sampling de guitares
acoustique et électrique et de parties vocales.
C’est l’un des premiers
intérêts de cet album qui, à partir
d’une matériau épuré,
accomplit une mise en son comparable à des constructions
architecturales. Moonman convie ainsi l’auditeur dans ce
micro-univers intimiste aux teintes peu nombreuses, mais habilement
déclinées qui laisse la place à une
liberté fragile et hésitante. Cela se traduit par
des rythmiques assez simples autour desquelles se tissent des
mélodies qui osent parfois la dissonance de
manière réussie et envoûtante.
Si les références à Jim
o’Rourke, Cat Power ou Wilco étaient souvent
conviées pour décrire sa musique, il faudrait
plutôt voir ici un pont esquissé entre Smog -
sobriété - et Matt Elliott - opulence harmonique
-. Plus proche de nous, Moonman réalise un
équilibre entre le songwriting sensible d’Angil et
les expérimentations de Thomas Mery.
A l’arrivée, un album très convaincant
dont ressortent des chansons marquantes et particulièrement
inspirées (“Ocean”, “Write on
invisible shores”) qui tutoient même les sommets
(“Better”). « Letters to the dearest
» nous fait attendre avec beaucoup d’impatience le
fruit de sa collaboration avec le nouveau Steve Albini
français : Gilles Deles (rires !!!)
dana hilliot and his friends : misfit (2006)
Difficile de faire œuvre plus intimiste. Même s'il bénéficie de la présence de "corps étrangers", ce deuxième opus resserre l'expression au plus près de Dana Hilliot. A tel point que ce folk-là s'apparente à une extension de son auteur, une interface au plus profond de l'être. Ces chansons revêtent un accompagnement musical réduit à sa plus simple expression. Les musiciens et chanteurs qui s'y expriment n'ont d'autre issue que de suivre le chemin imposé. Piano, bruits de pluie ou accords discrets de guitare forment le squelette des chansons. Il faut ainsi plusieurs écoutes avant qu'elles ne révèlent totalement leur profondeur. L'auditeur sera pleinement récompensé. Bien que le fruit de visions ou d'impressions personnelles, "Misfit" résonnera alors pleinement dans son esprit.
Au départ, on s'ébroue d'une mélancolie sourde, soyeuse et sombre, qui touche à la détresse. Les notes du piano de Delphine Dora, viennent s'aligner doucement, la flûte impose le dépouillement d'une comptine naïve, et Dana parcourt à chaque fois la distance minuscule, mais essentielle, qui bascule de la tristesse à la joie.
Un arpège de guitare acoustique, une voix en anglais
feutrée pour un ensemble qui n’est sans rappeler
Syd Matters. C’est ainsi que s’ouvre ce nouvel opus
de Dana Hilliot, lui qui s’appelait Tino dans une vie qui
ressemble fort à celle d’un autre. Membre actif du
label Another Records, le voici aujourd’hui qui sort son
deuxième album sur la structure Greed Recodings.
Pour l’occasion, il s’est entouré de
quelques amis comme Valérie Leclerq aka Half Asleep ou
Delphine Dora dont le piano laisse paraître une douce
lumière dans ce songwriting épuré et
mélancolique, qui traduit sans aucun doute une
sensibilité sincère. Spontané, on
retrouve la simplicité qui nous avait
déjà séduit sur "I was a rabit and I
won". "Misfit" raconte sans pudeur des souvenirs, les faux-pas des uns,
les émotions des autres, les rencontres, le gris de la vie.
Malgré quelques maladresses qui donnent un charme
à l’ensemble, Dana Hilliot dévoile un
ensemble de chansons séduisant et un brin
mystérieux. A découvrir.
(...) Entre fragilité et simplicité, entre spontanéité et dépouillement. Le rapport d’intimité qui peut se créer alors entre le musicien et l’auditeur s’enrichit de cette absence d’artifice et explique pourquoi cette musique sait être si touchante.(...) Le mystère et la mélancolie sont conviées dans un ballet sobre et émouvant...
En décembre 2004, le premier album de Dana Hilliot and his Friends secouait durablement quelques esprits jusqu'à s'imposer à eux comme l'un des disques de l'hiver. Moins ambitieux dans son exécution (les chansons sont à peu près toutes construites autour d'un piano fédérateur) et plus ramassé dans sa forme (25 minutes), ce second volet des aventures acoustiques de Dana Hilliot n'en est pas moins un beau disque, où l'on retrouve avec grand plaisir la voix traînante, solennelle dans son éternelle complainte, de cet homme énigmatique, à l'épanchement facile et touchant, aux confidences mêlées d'impudeur légère ("Looking for a Prostitute") et de laisser-aller cathartique ("Song for L"). De toutes ces confessions, l'auditeur se fait à la fois le réceptacle et le miroir. Au delà de toute volonté de paraître, d'impressionner ou d'accrocher l'attention, Misfit est l'une de ces mystérieuses réussites intemporelles qui rendent la musique tellement moins vaine que toute tentative de l'expliquer par des mots.
the century of aeroplanes : two children moving in opposite directions (2006)
For the more adventurous experimental music lover. They are a big band, including people on trombone, percussion, voice, violin, viola and guitars. They have had releases on WM Recordings and Unlabel, and here are presented on CDR. They play a kind of modern classical mood music, where I was reminded of the Boxhead Ensemble, even when these pieces are not directly linked to film. There is a certain cinematopgraphic quality to these pieces. Influences seem to be coming directly from the world of minimal music, with Steve Reich being the most obvious one. It is a pity that some of these pieces are so short, only spanning two or three minutes and that is too short to get into the piece. They are located at the beginning of this release, as towards the end things are longer and they go more indepth into the composition. Quite a nice release this one.
The excellent electro-acoustic group Century of Aeroplanes returns with another online album, this time from Greed Recordings. Two Children Moving In Opposite Directions again presents a wide range of ambient styles in its ten tracks but is a coherent and satisfying whole. Some tracks evoke Reichian minimalism (”41 Figures” and “Dance No. 2″) while others reveal a strong influence from the drone-rock of Sonic Youth. “Rebuttal To Fundamentalism” is a good example as it exhibits a little of both worlds. “Spelling Bee Stings” is atypically lively and features some stunning violin work. “Postcard” is a charming piece with an asian sensitivity. My favorite track is “100 More Years”. It is a very melodic work with a barren beauty that reminds me of northern lights and open spaces. As much as I liked Collier and company’s previous effort, I have to say that Two Children is even better.
The album is available in VBR MP3 (ave. 156kbps). If you like the music, you can support the artist by buying the deluxe CD-R edition with much better sound and artwork.
cornflakes heroes : off with your heads !(2006)
Rien qu’à lire le nom très fendard des Cornflakes Heroes, on se dit qu’on va passer un moment sans prise de tête excessive, même si pour la prise de risque, on repassera. En ligne directe avec un son pop rock léger, voire primesautier, le quatuor caennais appuie modérément sur la pédale des gaz, chemises grandes ouvertes au rock américain des nineties (mais en version light). Tout en mêlant un sens de l’humour parfois ravageur (l’intro de "Behaviour Lessons", qui rappellera à chacun la torture/la bénédiction – biffer la mention inutile – des cours d’anglais au lycée) et une propension mélodique évidente (on dirait par moments du Kimya Dawson rock), les amis d’enfance Thomas et David se démarquent aisément de tous ces inutiles groupes hexagonaux qui se prennent pour des rock stars mondiales (Aston Villa, Kaolin, ce genre). Certes, et de toute évidence, le chant de Thomas – parfois secondé de la bassiste Claire – n’a pas l’élégance racée de ses collègues strasbourgeois Thomas Walter (aka T.) et Spide (Loyola), mais il serait exagérément sot de snober la bonne humeur de titres comme "High Heels On the Beach", que les Herman Düne doivent avoir un jour imaginés dans leurs délires les plus cheap. Le genre de disque honnête et décomplexé qui mérite plus qu’une place honorable dans votre discothèque.Quand on entend parler pour la première fois de Cornflakes Heroes, ce qui attire tout de suite l’attention, c’est ce drôle de nom de groupe. Quand on a entre les mains pour la première fois ce Off with your Heads!, ce qui attire tout de suite l’œil, c’est cette drôle de pochette. Quand on écoute pour la première fois cet album, ce qui accroche tout de suite l’oreille, ce sont ces guitares !
Guitares en permanence mises en avant, mais loin d’être répétitives. On ne citera pas toutes les influences qu’on peut retrouver dans la musique des Cornflakes Heroes, elles sont trop nombreuses, trop ténues pour que cela puisse signifier quoi que ce soit. Ce qu’on retiendra surtout, c’est cette atmosphère, née du mélange de toutes ces influences, qui se dégage de l’album. Qu’elles sonnent rock’n’roll (“Bible Belt”), pop (“She said my Girl was here”), folk (“Take me out of Town”), noisy (“Frozen Water”), ou même psyché (“Behaviour Lessons”), pour ne citer que ces titres, elles sont bel et bien là, ces guitares. Mais elles ne sont pas les seules. Car l’autre grosse caractéristique de cet album, c’est la voix du chanteur, Toma. Une voix un peu éraillée, juste ce qu’il faut pour s’accorder avec la rugosité de la production. Car ici, pas de son léché. Un timbre suffisamment rêche pour accrocher l’oreille, pour que le refrain du tubesque “Silly Boys are untrue” s’immisce en vous sans même que vous vous en rendiez compte, pour que le rythme entêtant de “Lifeline” vous envoûte en un clin d’œil.
Avec cet album, on peut dire que le Caennais arrivent à bien brouiller les pistes. Avec leur indie-rock qui ne ferait pas rougir un groupe américain, ils arrivent quand même à nous surprendre avec leur titre a capella (“High-heels on the Beatch”), ou avec le sample de conversation téléphonique sur “Behaviour Lessons” qui rappellerait certains souvenirs… (si, si, rappelez-vous : unit four, lesson two…). Enfin bref, tout ça pour dire que même si cet album regorge de références, il est assez extraordinaire dans sa manière de mêler clins d’œil et innovations. Un “must” dont on ne se lasse pas !
Rien qu’à lire le nom très fendard des Cornflakes Heroes, on se dit qu’on va passer un moment sans prise de tête excessive, même si pour la prise de risque, on repassera. En ligne directe avec un son pop rock léger, voire primesautier, le quatuor caennais appuie modérément sur la pédale des gaz, chemises grandes ouvertes au rock américain des nineties (mais en version light). Tout en mêlant un sens de l’humour parfois ravageur (l’intro de "Behaviour Lessons", qui rappellera à chacun la torture/la bénédiction – biffer la mention inutile – des cours d’anglais au lycée) et une propension mélodique évidente (on dirait par moments du Kimya Dawson rock), les amis d’enfance Thomas et David se démarquent aisément de tous ces inutiles groupes hexagonaux qui se prennent pour des rock stars mondiales (Aston Villa, Kaolin, ce genre). Certes, et de toute évidence, le chant de Thomas – parfois secondé de la bassiste Claire – n’a pas l’élégance racée de ses collègues strasbourgeois Thomas Walter (aka T.) et Spide (Loyola), mais il serait exagérément sot de snober la bonne humeur de titres comme "High Heels On the Beach", que les Herman Düne doivent avoir un jour imaginés dans leurs délires les plus cheap. Le genre de disque honnête et décomplexé qui mérite plus qu’une place honorable dans votre discothèque.
Quatuor originaire de Caen, les Cornflakes Heroes sont de véritables héros. Jugez plutôt, ils ont enregistré cet album, leur premier, illico presto en 2 jours au Big Band Café de Caen… ce qui forcément confère à « Off with your head ! » une fraîcheur indéniable qui ici fait mouche dès les premiers accords du morceau d’ouverture « Bibble Belt » et ses ouh ouh franchement communicatifs, mais aussi une urgence pop des plus frivoles « Silly Boys are untrue », et quand l’occasion en fait le larron, une spontanéité indie-rock « Lifeline » et une délicatesse faite folk épatante « Take me out of town ».
En direct provenance de Caen, mais totalement décomplexés, les breakfast euh pardon les Cornflakes Heroes nous distillent avec classe des morceaux dont l’influence anglo-saxonne se fait ressentir dans tous les coins et re-coins.
Loin de nous l’idée de le leur reprocher. Au grand dam de nombreux groupes qui le tentent et en rêvent les yeux grand ouverts, le chant tout en anglais est ici des plus réussis (même a capella et sous influence Beach Boys, « High –heels on the beach » c’est dire !). Et ce n’est pas la seule chose que l’on retiendra d’eux… Car certes leur nom, pour le moins inattendu, et leur pochette rigolote sont habiles, mais leur musique ne l’est pas moins !
Pour présenter ce premier disque il est peut être nécessaire de prendre un premier moment pour présenter le groupe. Il s'agit d'un quator rock'n'roll, 2 guitares, basse, batterie, avec un garçon à la guitare (Toma), et une fille (Claire) à la basse pour chanter. Pour mieux les connaitre en fait je ne saurais trop vous encourager à aller les voir sur scène où ils sont tout bons.
On a visiblement affaire à des enfants des 90's et leur coeurs semblent vibrer résolument au son de Pavement ce à quoi le mien, de petit coeur, ne peut que trouver une résonnance heureuse.
Mais trêve de préliminaires et plongeons nous dans les 12 titres de Off With Your Heads !
Contrairement à ce que pourrait laisser penser mon préambule, nos super heroes du petit dejeuner, bien qu'ils assument avec classe l'héritage des 90's n'ont rien d'un bête groupe revival et l'album est tout aussi rejouissant qu'aventureux.
Loin de se contenter du rock noisy qui coule visiblement dans leurs veines, ils explorent tous les territoires du rock indé dans les grandes largeurs, de la chorale de "High Heels On The Beach" au post rock de "Behaviour Lessons", sans jamais perdre une seconde une identité forte, marquée par un mélange de dérision et de lyrisme brulé plus qu'attachant.
Pour conclure avec concision, on a là affaire à un très bon album et quand on sait qu'il a été enregistré en seulement deux jours, on ne peut qu'espérer avec joie la suite, et leur souhaiter tout le succès qu'ils meritent, en régalant nos petites esgourdes des bombinettes qui fusent de tous les cotés de cet album qui soit promet énormément, mais surtout qui donne déjà beaucoup.
Indie, Indie, Indie. Non, je ne réclame pas le retour du héros au fouet pourfendeur de nazis, qui reviendra d’ailleurs de lui-même sans notre aide, mais plutôt d’une chose qu’on ne peut nier avec les Cornflakes Heroes, c’est qu’ils sont indie jusqu’au bout des cordes. Les trois garçons et une fille ont beau aligner une liste impressionnante d’influence sur leur Myspace, naviguant entre le Wu-Tang Clan, Serge Gainsbourg ou Thelonious Monk pour ne citer que les plus extrêmes, ils n’en demeurent pas moins les héritiers noise-pop de Pavement et de Sonic Youth (je vous rassure, ceux-là sont aussi dans la liste). C’est donc avec la panoplie adéquate que les caennais débarquent avec ce premier album : nom de groupe ironique, qui fleure bon l’autodépréciation et l’autodérision, pochette aux dessins étranges et enfantins. Et on peut aussi compter sur l’indispensable autoproduction au son lo-fi mais pas trop, le tout avec barbe comprise. Vu comme ça, c’est une description un peu rude pour un groupe qui se voudrait original. Et ce serait surtout injustifié. Surtout que seul le chanteur porte la barbe.
Faisons donc taire les clichés et concentrons-nous sur ce que le groupe a à nous offrir, c’est-à-dire douze chansons, variées et cohérentes, jamais ennuyeuses. Ça commence plutôt pas mal avec Bible Belt et ses velléités anticléricales. « Take off my belt / My bible belt » nous clame-t-on avec un certain sens de la formule, tel cet Off With Your Heads ! qui sert de titre à l’ouvrage, nous invitant à laisser parler le corps, mais aussi à nous décapiter ! Ne leur en déplaise, la suite parle autant à nos guibolles qu’à notre matière grise. Du coup, ça rocke, ça folke à droite et à gauche dans un dosage plutôt bien réparti.
Clairement, la voix de Thomas, chanteur-guitariste a le même timbre chevrotant qui ne s’embarrasse pas de justesse, que l’un des frères Herman Düne. Une influence qu’on retrouve aussi musicalement dans certains passages folk, tels Good For Nothing (auto dépréciation, je vous le disais bien) ou Overcome. Des morceaux qui savent se faire plus calmes, plus suaves, voire franchement pop, comme cet hymne-comptine à chanter autour du feu High-Heels On The Beach, lorgnant vers les Garçons de Plage qui seraient accompagnés d’une chorale approximative. Prompt à souligner avec humour les travers de notre société de consommation et de paraître, l’amusant Behaviour Lessons débute sur une conversation téléphonique des plus courtoise dans le plus pur style propagande fifties. Il arrive aussi que la féminité parle au gré du chant délicat de Claire alias la bassiste.
Parsemé de chansons malignes aux mélodies efficaces, Cornflakes Heroes est à son meilleur quand il laisse parler les guitares, que ce soit dans un dialogue entre deux manches ou quand les six-cordes vrombissent dans un pur esprit sonic-youthesque, qu’elles font parler les accords qui partent en vrille et qu’elles s’allient pour faire parler toute leur puissance vicieuse et faire remuer la tête (Lifeline).. Le groupe alourdit même le propos avec le massif Frozen Water, qui termine l’album à la frontière du metal, avec son plombé et solo de guitare.
Sans transcender le genre, Cornflakes Heroes se tire honorablement de l’épreuve du premier album autoproduit. Capable d’une bonne variété d’ambiance et malgré quelques apporximations, le groupe gagnera sûrement à l’avenir en puissance sonore et en qualité d’écriture et surtout en singularité, mais il n’est jamais trop tard pour les soutenir en achetant ce disque et en allant les voir en concert à défaut de pouvoir voter pour eux par SMS en prime time.
Leur nom
prête volontairement à sourire, mais les
Corflakes Heroes ne se réduisent heureusement pas
musicalement à une blague de potache.
On pourra difficilement le leur reprocher, c’est
sur les traces du Velvet Underground, de Sonic Youth ou Pavement que
ces musiciens hexagonaux s’engagent. Des
références illustres, dont ils ont
malheureusement un peu de mal à
s’émanciper.
Quelques ingrédients pourtant pour nous gagner à
leur cause : riffs distordus bien sentis, mélodies
et refrains accrocheurs, et une dose de douceurs pop conviant des
chœurs féminins en renfort. La formation est
classique (guitare, basse batterie), avec cependant
l’apport de quelques facéties
au moog (sans doute trop discret).
L’album démarre efficacement, avec son lot de
titres fédérateurs : Bible Belt, Silly boys are
untrue, et surtout Good for nothing. Words on the doorway
s’avère également réussi,
dans un registre pedalsteel shiny que ne renieraient pas les
(énervants) Herman Düne, autre
référence flagrante de cet album
(écoutez Frozen water). Au niveau du chant, la ressemblance
en devient troublante : la faute au timbre de Toma,
perçant et nasillard (so indie ! c’en devient
malheureusement agaçant).
Cela n’aide de fait pas à poser la
personnalité d’un disque qui possède
pourtant quelques atouts non négligeables pour
séduire l’auditeur, à quelques erreurs
près (on a déjà
évoqué le chant qui manque de naturel, on
évoquera aussi l’acapella incongru
façon chorale hippy de High heels on the beach).
L'indie-rock décontracté de Cornflakes Heroes
possède pour conclure quelques titres réellement
bien troussés, mais peine pour le moment à
convaincre tout à fait, par manque de
singularité.
Il va bien falloir se
rendre à l’évidence: le rock hexagonal
a son nouveau porte étendard : Greed Recordings. Responsable
de l’album Necessary Alibis de Moonman à la fin de
l’année dernière (voir par ailleurs),
grand album de rock Sonic Youth-ien, le label, basé dans
l’Oise, ressort les couverts en argent et propose
aujourd’hui le premier album des Cornflakes Heroes.
Quatuor à la formation classique (guitares, basse,
batterie), les Cornflakes Heroes viennent de Caen et chantent en
anglais, avec un accent frenchy très peu marqué
qui rend leur musique encore plus anglophone.
Car oui, ce disque, s’il est bien francais, n’en
reste pas moins très indie-rock dans l‘esprit. Sur
les douze morceaux et quarante-cinq minutes qui composent ce disque, on
se balade en croisant et frôlant les fantômes de
Sebadoh, Pavement ou Dinosaur Jr. Et si l’on prête
bien l’oreille on perçoit aussi quelques petits
clins d’œil appuyés au Velvet
Underground, Nick Drake ou même à Herman
Düne (évident sur le très bon High Heels
On The Beach).
A l’inverse, bizarrement, sur Lifeline, on a
l’impression d’entendre quelques riffs
acérés que l’on retrouve
aujourd’hui sur le surpuissant Brainstorm des très
bons Arctic Monkeys (cuvée 2007). Comme quoi…
Très bien écrit, particulièrement
drôle (ah, ce ‘Behaviour Lesson’
où le souvenir de nos cours d’anglais de
quatrième quand on apprenait la langue de Shakespeare sur de
vieilles cassettes remplies jusqu’à la gueule de
dialogues ineptes mais plein de vocabulaire, qu’on oubliait
aussitôt après l’avoir appris), avec un
côté sarcastique très
agréable, ce premier opus des Cornflakes Heroes est plus
qu’une réussite : une galette à
célébrer, confirmant
qu’aujourd’hui, le rock hexagonal
s’épanouit du côté de
l’Oise. Comme quoi, pas besoin de venir de Paris ou
d’avoir un papa influent dans un journal
spécialisé pour faire du rock.
Dans une période où l'on parle d'un "renouveau" du rock de chez nous et où le fait de chanter en français ou pas fait débat, reconnaissons aux Cornflakes Heroes, qui publient leur premier album loin de tout battage médiatique, le mérite de remettre les vrais enjeux sur la table. Car ce genre de débats ne sert souvent qu'à masquer une compétence aléatoire aussi bien en terme d'interprétation que de composition.
Ici, les quatre Cornflakes Heroes (trois gars, une fille) prouvent que la pop indé n'est pas là pour nous rejouer la campagne sur l'identité nationale, qu'elle ne connait pas de frontières mais sait reconnaître ses plus habiles artisans. C'est précisément tout ce qui séduit sur ce "Off With Your Heads" : un sens de la composition affuté qui fait la part belle à des mélodies pop virevoltantes et universelles, Bible Belt, Words In The Doorway en tête, mais également une capacité à varier les ambiances, à tendre le propos, comme sur Behaviour Lessons, She Said My Girl Was Here, Frozen Water, morceaux qui ne sont pas sans rappeler la ligne la plus claire de Sonic Youth.
Les Cornflakes Heroes brillent aussi par leur cohésion : la guitare est en avant, parfaitement soutenue par une section rythmique au diapason, et les mélodies sont portées par une voix légèrement éraillée qui donne l'impression de chanter avec le sourire. Pas une once de lourdeur ou de redondance dans tout celà, un morceau comme Good for Nothing, que Pavement n'aurait pas désavoué, se posant même comme une leçon à méditer pour beaucoup. Ne passez pas à côté.
Au petit déjeuner, les Cornflake Heroes se sont empiffrés de rock indé anglo-saxon ; ils en retiennent le sens de la dérision et une coolitude faussement désinvolte que l'on aimait par exemple chez Pavement. Le début est pimpant ("Bible belt", "Silly boys are untrue"), en conformité avec le programme fêtard du titre (clin d'oeil au "Out of our heads" des Stones ?). "Off with your heads !" est foutraque et teenage dans sa manière de partir dans tous les sens, comme sous l'effet d'une poussée d'hormones : "Behaviour lessons", exercice ironique à la Diabologum sur un dialogue en anglais complètement insipide (on dirait une cassette de cours), qui vire ensuite Sonic Youth ; ou encore "High-heels on the beach", chanté a capella. D'autres titres acoustiques (le folk cabossé de "Overcome", la pop légère de "Take me out of town") montrent un visage plus mûr.
Enregistré au Big Bang Café de Rouen, le son est assez rêche, la voix de Thomas (guitare et chant) rappelle celle de David-Ivar (le barbu de Herman Düne) ou encore David Bejar (Destroyer). Volontairement inconstant, "Off with your heads !" est attachant comme le chewing-gum qui collait sous les baskets dans les couloirs du lycée : un souvenir sympa et un peu daté.
Excellente surprise que ce premier album des Cornflakes Heroes. Les yeux rivés vers l'Ouest, le groupe de Caen a mis le cap vers la californie. Leur pop rock respire l'électricité des premiers Byrds, Jefferson Airplane, Love. Les influences plus récentes se situent entre Sebadoh et Herman Dune. Ils ont fait preuve tout au long de ce premier effort d'une grande maîtrise dans l'écriture des phrases mélodiques. Respectant les règles du format pop pour mieux s'approprier les arpèges de la dissidence. Deux morceaux se détachent de l'album. "Bible Blet" et "Lifeline" appartiennent à la grande lignée des classiques pop rock. Intemporels, indémodables et imparables. L'élegance est au rendez-vous sur les autres plages ensoleillées de ce "Off with your heads". Comme souvent pour une première sortie, l'album comporte quelques clins d'oeil trop appuyés à l'instar de cet emprunt à la Mary Contrary de Can sur "Behaviour lessons". Néanmoins, les Cornflakes Heroes savent redonner des couleurs à leur héritage et imprimer leur personnalité sur des compositions conventionnelles. Un travail d'orfèvre pop.
Comment un groupe français
réussi à disputer aux anglo-saxons la coolitude
et le sens mélodique.
Le retard à l’allumage de
cette chronique est finalement l’occasion de prendre un peu
de recul autour de la petite hype qui a entouré la sortie de
Off with your heads, premier album des Cornflakes Heroes, sorti sur le
label Greed Recordings, au moment où le groupe sillonne la
France.
Eh bien, les sensations sont toujours les
mêmes. L’album se lance, les riffs accrocheurs
fonctionnent, l’intensité vacillent en
même temps que les pieds de l’auditeur et la
tonalité de ces chansons leur donnent une profondeur
qu’on déséspère de ne jamais
trouver chez un groupe anglais (jugement subjectif et gratuit) ! Il
faut résolument se tourner vers les groupes
américains pour retrouver ces guitares claquantes au son
clair qui s’accordent sur les roulements de toms et les notes
d’une basse "kim-dealienne". Le rapprochement avec Pavement a
été fait plusieurs fois ; il est
évident et mérité, même si
la troupe parisianno-caennaise n’a pas encore osé
les dérapages sans contrôles de la bande
à Malkmus. On peut poursuivre avec les délicieux
Fountains of Wayne, qui étaient capables de vous mettre la
tête en bas, le temps d’un sink to the bottom with
you ou même les vétérans des Feelies
dont l’art de l’enchevêtrement har
